Il y a une image qui revient souvent lorsqu'on parle de quelqu'un qui écrit des livres.
On imagine une pièce silencieuse. Un bureau cosy.
Une grande bibliothèque. Une tasse de thé encore fumante.
De nombreuses heures devant soi.
Et l'inspiration qui arrive tranquillement.
Je souris toujours un peu quand j'entends cette description.
Chez moi, les histoires naissent sur la table de la salle à manger.
Là où l'on prend le petit-déjeuner.
Là où les enfants dessinent.
Là où il faut parfois pousser l'ordinateur pour mettre le couvert.
Il m'arrive d'écrire pendant que Jules dort contre moi, blotti dans son porte-bébé.
Je tape doucement sur le clavier pour ne pas le réveiller.
Son souffle est régulier.
J'ai conscience que, dans quelques années, il sera trop grand pour s'endormir ainsi contre moi.
Alors j'en profite et certains chapitres prennent peut-être un peu plus de temps à s'écrire...
...mais ils gardent aussi le souvenir de ces instants qui passent beaucoup trop vite.
Puis il est déjà l'heure de refermer l'ordinateur.
L'école n'attend pas.
Les histoires patienteront simplement jusqu'à ce soir.
Il y a les goûters à préparer.
Les devoirs.
Les lessives.
Les bains.
Le dîner.
Les éternelles négociations pour savoir qui aura le dernier yaourt au chocolat ou la dernière crêpe.
Et puis, juste avant de dormir :
— « Maman... encore une histoire ? »
Je ne peux jamais m'empêcher de sourire.
Parce qu'au fond...
C'est précisément pour ces moments-là que j'écris.
Lorsque la maison s'endort enfin, je retrouve mon ordinateur.
Je relis les quelques lignes écrites le matin.
Parfois je les garde.
Parfois je les efface.
Et parfois...
Une nouvelle aventure commence.
Je ne dispose pas de journées entières pour écrire.
Je collectionne plutôt les petits moments.
Dix minutes pendant une sieste.
Quelques idées notées entre deux courses.
Une phrase qui surgit en pliant une lessive.
Une fin de chapitre imaginée pendant le trajet de l'école.
Finalement, mes histoires ressemblent un peu à ma vie.
Elles sont faites de petits morceaux.
De rires.
D'interruptions.
De fatigue, parfois.
Mais surtout...
De beaucoup d'amour.