Dans ma tête d'adulte, les choses étaient pourtant parfaitement claires : j'allais publier certaines de mes histoires, faire imprimer de nouveaux exemplaires et permettre à d'autres enfants de les découvrir.
Dans la sienne, manifestement, le projet était légèrement différent.
Maman allait prendre SES livres et les vendre à des gens.
Et là, évidemment, je comprends mieux son manque d'enthousiasme.
Parce que ces livres, avant d'être des fichiers PDF, des ISBN, des fiches Amazon et toutes ces choses passionnantes que les adultes inventent pour compliquer une histoire qui tenait très bien toute seule, ce sont ses livres.
Ils étaient déjà imprimés bien avant que je pense sérieusement à l'autoédition.
Certains sont nés d'une envie de la faire rire.
D'autres d'un moment vécu, d'une peur à apprivoiser ou simplement d'une idée qui m'est passée par la tête.
Je les écrivais pour elle.
Je choisissais les personnages, construisais les pages, travaillais les illustrations, puis je faisais imprimer le résultat. Et à la fin, elle avait entre les mains un livre dans lequel elle retrouvait parfois son prénom, sa famille, son doudou ou un petit morceau de sa vie.
C'étaient de vrais livres.
Simplement, à ce moment-là, leur public se composait essentiellement d'une petite fille.
Et aujourd'hui que certains d'entre eux vont être publiés, j'ai découvert un détail auquel je n'avais absolument pas pensé :
il fallait expliquer à leur première propriétaire que publier ses livres ne signifiait pas vendre SES livres.
Je l'ai donc rassurée.
Non, personne ne viendra prendre Le Secret magique de Rose dans sa bibliothèque.
Non, je ne vais pas emballer son exemplaire pour l'envoyer à un enfant qu'elle ne connaît pas.
Et oui, tous ses livres resteront bien chez elle.
Je crois qu'elle a été rassurée.
Moi, j'ai surtout découvert qu'à cinq ans, on peut être très favorable à la carrière littéraire de sa mère…
tant qu'elle ne touche pas à nos affaires.
Il y a des limites à l'autoédition.
Et visiblement, la propriété privée en fait partie.